Alors que les obtenteurs créent des variétés résistantes au mildiou, des programmes de lutte raisonnée contre cette algue dévastatrice sont mis en oeuvre. Eclairage avec l'une des spécialistes européennes du mildiou, Catherine Chatot.
Les rayons de soleil réapparaissent timidement après une faible période de pluie. Le thermomètre est, quant à lui, au beau fixe et ne s'éloigne guère des 20° depuis quelques jours.
| "Ces alternances de pluie et de soleil sont les conditions idéales à la prolifération du mildiou, commente Catherine Chatot en observant le ciel. La maladie va sans doute progresser dans les jours à venir." La phytopathologiste de Germicopa compte parmi les meilleurs spécialistes français et européens du mildiou*, cette algue microscopique qui se propage par des gouttes d'eau véhiculées par le vent. | ||
| Catherine Chatot est à l'origine une spécialiste des nématodes à kystes. |
"C'est l'ennemi numéro 1 des pommes de terre depuis plus de 150 ans. Tout le monde a en mémoire les ravages provoqués par cette maladie en Irlande en 1845. Tous les plants de pommes de terre étaient infestés, une famine s'en était suivie. Et nombre d'Irlandais avaient fui leur pays", relate Catherine Chatot.
Au XXe siècle, les produits phytosanitaires font leur apparition et permettent aux agriculteurs et jardiniers amateurs de se protéger efficacement contre le Phytophthora infestans. En 1964, deux ingénieurs du Service de la protection des végétaux (ministère de l'Agriculture) s'interrogent sur les conditions de développement du mildou. "Ils ont notamment mis en évidence le rôle de la température et de l'humidité", explique Catherine Chatot. Le tandem Divoux/Guntz met au point un modèle qui porte leur nom. Ces travaux ne sont plus exploités pendant des années. "Et puis, le concept d'agriculture raisonnée est apparue", poursuit la Finistérienne. En Europe, les spécialistes de la pomme de terre s'intéressent alors à un usage "raisonné" des produits phytosanitaires qui garantit tout à la fois un bon rendement et un respect de l'environnement.
VITESSE DE PROPAGATION
En 1997, Germicopa se lance, aux côtés de Pom'Alliance (l'un de ses principaux clients), dans un programme de lutte raisonnée contre le mildiou dans le Nord, la Picardie, la Champagne et la Beauce. Trois ans plus tard, l'obtenteur finistérien monte un projet similaire en Bretagne en collaboration avec le Service régional de la protection des végétaux et la Fédération régionale de défense contre les ennemis des cultures de Bretagne (SRPVFeredec). Quatre agriculteurs (qui produisent des plants Germicopa) du Bassin de Pontivy et dix du Bassin de Landivisiau s'engagent dans cette démarche. Ils acceptent de n'appliquer de produits phytosanitaires qu'à la demande d'un technicien du SRPV-Feredec. "Ce dernier reçoit toutes les deux heures les données des stations météorologiques qui se trouvent dans les deux bassins retenus. Grâce à ces données et au modèle Divoux/Guntz, il détermine quand il est bon de traiter. Il avertit alors les agriculteurs", détaille Catherine Chatot.
| Parallèlement, un autre technicien traque les traces de mildiou dans les champs des agriculteurs mais aussi aux abords immédiats des parcelles. Il transmet ces informations au SRPV-Feredec. L'observation est un facteur déterminant quand on connaît la vitesse de propagation du mildiou : en sept jours tout le feuillage d'un plant de pomme de terre peut être atteint. "Ce programme n'est pas facile à mettre en oeuvre car les agriculteurs sont habitués depuis des années à traiter, en préventif, une fois par semaine. Il faut du temps pour les convaincre qu'il faut traiter uniquement au bon moment et à la bonne dose", insiste la phytopathologiste. | ||
| Feuilles attaquées par le mildiou |
Elle reste toutefois convaincue que l'agriculture raisonnée est amenée à se développer dans toutes les cultures. "Même les grands industriels qui produisent ces produits phytosanitaires entament une réflexion sur la lutte raisonnée contre les maladies…" La conversion des agriculteurs à l'agriculture raisonnée nécessite toutefois des outils. Le SRPV teste actuellement un logiciel (MILPV 3) qui pourrait être facilement utilisé par les particuliers. De son côté, Arvalis a développé un modèle (Mildi-Lis) constitué d'une station météorologique individuelle et d'un logiciel.
GROUPE EUROPÉEN
Parallèlement, les recherches se poursuivent pour créer des variétés moins sensibles au mildiou. Chez Germicopa, Catherine Chatot recherche dans de multiples banques de données les pommes de terre ayant une résistance partielle au mildiou, "la résistance totale n'étant pas souhaitable". Elle met ensuite au point un programme de croisement avec les sélectionneurs, et teste à partir de la 4e année en champ la résistance au mildiou. "On constate qu'il est très difficile de créer une variété qui soit tout à la fois précoce et résistante au mildiou", précise Catherine Chatot. L'équipe de Châteauneuf-du Faou a toutefois réussi à mettre sur le marché un certain nombre de variétés ayant une moindre sensibilité au Phytophthora infestans. C'est le cas d'Alowa, Manuela, Corolle, Aïda, Amandine…
"Autrement dit, nous sommes un groupe de chercheurs européens qui nous intéressons uniquement au mildiou. Il y a des Allemands, des Polonais, des Anglais, des Suédois, des Danois, des Italiens…", liste-t-elle. Le mildiou est en effet présent dans tous les pays européens mais aussi aux Etats-Unis, en Russie… "Bref tous les pays qui ont sensiblement le même climat." Catherine Chatot dépense la même énergie à comprendre les autres maladies de la pomme de terre : les virus, les nématodes à kystes, les doryphores, les gales… "Les phytopathologistes qui travaillent dans la pomme de terre sont particulièrement gâtés…"
| Catherine Chatot poursuit ses recherches sur le mildiou au sein de EU.NET.ICP, european network for development of an integrated control strategy of potato late blight. |
| "Autrement dit, nous sommes un groupe de chercheurs européens qui nous intéressons uniquement au mildiou. Il y a des Allemands, des Polonais, des Anglais, des Suédois, des Danois, des Italiens…", liste-t'elle. Le mildiou est en effet présent dans tous les pays européens mais aussi aux Etats-Unis, en Russie… "Bref tous les pays qui ont sensiblement le même climat." | ||
| Congrès d'experts internationaux sur la lutte contre le mildiou à St Malo en avril 2004 |
Catherine Chatot dépense la même énergie à comprendre les autres maladies de la pomme de terre : les virus, les nématodes à kystes, les doryphores, les gales… "Les phytopathologistes qui travaillent dans la pomme de terre sont particulièrement gâtés…"
* Il existe bien d'autres types de mildiou qui s'attaquent à l'épinard, à l'oignon, à la betterave, à la vigne, au maïs, au pois, au tabac, au tournesol…
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