Le ménage moyen français dépense 50 euros par an pour sa consommation de pommes de terre, un équivalent poids moyen de 35 kg par an et par habitant. Au vu de ces chiffres, la pomme de terre peut encore prétendre au statut de produit universel et multi-usage. Connu pour sa forte teneur en glucides complexes (sucres lents), le tubercule s'enrichit aujourd'hui de caractéristiques diététiques que les professionnels tentent de faire connaître au grand public.
Même si la consommation de la pomme de terre s'est répandue dans toutes les catégories socio-professionnelles pour devenir un élément de base de l'alimentation française, elle a subi ces dernières années un léger fléchissement. L'une des raisons invoquées : la mauvaise réputation qui s'est greffée autour de ce tubercule. Considérée comme un féculent calorique surtout par les femmes, la pomme de terre est délaissée par la gente féminine au profit de produits sucrés. Et cet a priori tenace est devenu l'un des principaux facteurs pénalisant les ventes.
Pour pallier la baisse de la consommation en France et accompagner le
développement des exportations françaises de pommes de terre, les
professionnels tentent aujourd'hui de donner à ce produit un véritable
statut
de légume protecteur de santé. Les récentes recherches, s'inscrivant dans le
cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS) lancé par le Ministère de
la Santé pour réduire les mauvaises habitudes alimentaires des Français, vont
dans ce sens. Les nombreux travaux axés sur les apports nutritionnels du
tubercule démontrent que sa consommation contribuerait à réduire un certain
nombre de pathologies. Elle réduirait le risque de cancer, d'ostéoporose, de
maladies cardiovasculaires, d'obésité, de diabète grâce à la présence
de
glucides complexes, de vitamines, d'oligoéléments, de potassium et de
fibres.
En effet, selon Laëtitia Robert, dont le sujet de thèse mené de concert avec l'INRA de Clermond-Ferrand est consacré aux intérêts nutritionnels de la pomme de terre, " le tubercule augmente les défenses des organismes, participe à l'élimination des radicaux libres qui provoquent des dysfonctionnements de l'activité enzymatique et ainsi limite l'oxydation des tissus de notre corps." Une autre thèse coordonnée par Agnès Narcy explique que " grâce à sa richesse en potassium, la pomme de terre baisse la pression artérielle chez les personnes hypertendues et réduit les risques d'infarctus."
" La pomme de terre
est un des légumes
les plus riches en vitamine C. "
Cette richesse pourtant ignorée du consommateur est source de bien-être pour le corps à plusieurs égards. La pomme de terre est un des légumes les plus riches en vitamine C, un antioxydant favorisant l'absorption du fer. Ainsi consommer trois pommes de terre moyennes seulement par jour couvre le besoin quotidien de cette vitamine chez un adulte. Ce constat est toutefois à nuancer en fonction de la durée de stockage et du mode de cuisson. Au moment de la récolte, la teneur en vitamine C du tubercule est maximale, atteignant en moyenne 25 mg pour 100 g. Elle décroît rapidement pour se fixer à 13 mg après six à neuf mois de stockage.
Cuite à l'eau, à la vapeur ou au four, rissolée, frite, épluchée ou non : les différentes manières de consommer la pomme de terre ont également une implication sur ses apports énergétiques et vitaminés. Pour un apport maximal, Pascal Nourtier, diététicien libéral nouvellement installé à Quimper préconise "une consommation rapide après l'achat et une cuisson à la vapeur en gardant la peau. Les vitamines et les éléments nutritifs sont fortement concentrés entre la peau et le tubercule, éplucher la pomme de terre entraîne une perte conséquente de ses apports nutritionnels, multipliée par le phénomène d'osmose."
La pomme de terre renferme des quantités significatives de vitamines du groupe B (B1, B2, B3 et B6 qui jouent un rôle dans la transmission nerveuse et participent à la transformation des glucides en énergie. "Elle contient également plusieurs minéraux tels que du magnésium, du fer, du cuivre, du manganèse et surtout du potassium, indique Pascal Nourtier.
| Les sels organiques de potassium sont essentiels car ils permettent d'améliorer la rétention minérale calcique sur les os et donc de limiter l'ostéoporose ; d'augmenter l'activité enzymatique et ainsi optimiser la propagation des messages nerveux, renforcer la construction et la contraction musculaires et assurer le bon fonctionnement des reins." |
La teneur en potassium de la pomme de terre est donc particulièrement adaptée aux enfants à partir de 6 mois et aux sportifs de haut niveau tels que les athlètes de triathlon. Ainsi une portion de 400 g au cours du dernier repas avant une compétition permet d'apporter l'énergie nécessaire et de prévenir les hypoglycémies, après l'effort, elle facilite la récupération des sportifs.
La présence de glucides complexes, sousforme d'amidon, et la teneur élevée en fibre favorisent toutes deux la satiété en prolongeant dans le temps l'efficacité énergétique. " Les fibres ont également une action bénéfique sur le développement de la flore intestinale (améliorant ainsi le transit) et sur le cholestérol," poursuit le diététicien.
Autre découverte qui a bouleversé les connaissances récentes du tubercule : la mise en lumière d'une molécule active appelée Kukoamine par les scientifiques britanniques de l'Institut de recherche sur l'alimentation (Food research institute). Les kukoamines sont intégrées dans les remèdes chinois à base de plantes. Outre leur capacité à réduire la tension artérielle, ils sont également utilisés dans le traitement de la maladie du sommeil.
La sensation de réplétion provoquée par l'amidon est un des axes choisis par le PNNS pour lutter efficacement contre le surplus de poids des français. Des campagnes nationales de sensibilisation ont été lancées par le Ministère de la Santé et d'autres organismes de santé dans le cadre du PNNS depuis 2005. Elles tentent de promouvoir la consommation des glucides complexes tels que les féculents et les autres aliments source d'amidon " afin qu'ils contribuent à plus de 50 % des apports énergétiques journaliers " aux dépens des glucides simples contenus, par exemple, dans les produits sucrés. D'autres initiatives pour communiquer auprès du grand public ont vu le jour.
Alors que seuls les produits comportant des allégations nutritionnelles "pauvre en matière grasse, riche en calcium…" exigent la mise en place d'un système d'étiquetage spécifique, les grandes enseignes de distribution se sont engagées dans des campagnes d'informations auprès de leurs clients. Leurs objectifs : indiquer, par un étiquetage pédagogique, la part des six macronutriments que sont les matières grasses, les sucres simples, les sucres complexes, les protéines, les fibres et le sel dans les différentes variétés de pomme de terre. Elles considèrent en effet que le consommateur a besoin de repères et aspire à une information claire et simplifiée qui le guide dans son acte d'achat. Cette démarche constitue un début de réponse apportée aux résultats de l'étude ACNielsen parue en août 2005.
Selon celle-ci, les Français figurent parmi les Européens les moins bien informés sur le contenu nutritionnel de leurs achats alimentaires, en raison essentiellement d'un manque de compréhension des informations présentes sur les emballages. Seulement 23 % des français déclarent comprendre complètement les informations inscrites sur les emballages. À peine plus d'un français sur dix assure toujours lire ces informations, alors que ce réflexe est systématique pour presque un tiers des italiens et 44 % des portugais.
" La pomme de terre est aussi
riche en fibres
qu'un bol
de corn flakes ou que quatre bananes. "
Nos voisins européens ont intensifié leur communication pour renforcer la consommation des pommes de terre. Le British Potato Council, l'équivalent du Comité National Interprofessionnel de la Pomme de Terre en France (CNIPT), a lancé une campagne de valorisation du tubercule pour tenter de relancer les ventes en Angleterre. L'organisme a fondé sa campagne sur le slogan : " La pomme de terre est aussi riche en fibres qu'un bol de corn flakes ou que quatre bananes. " Grâce à la mise en avant des arguments santé, la confiance des consommateurs a été retrouvée. Désormais 82 % d'entre eux pensent que la pomme de terre est un produit bon pour la santé. Parallèlement, il a clarifié les modes d'utilisation les mieux adaptés à la variété.
Pour conforter des exportations en hausse en Espagne et au Portugal, le
CNIPT a intensifié sa communication auprès du grand public autour des atouts
nutritionnels et les usages culinaires et auprès des professionnels de
la
santé en diffusant un dossier scientifique. Pour les professionnels de la
pomme de terre, de nombreuses possibilités de vanter les atouts nutritionnels
du tubercule auprès du consommateur restent à exploiter. Il n'y aurait donc
pas de raison d'exclure la pomme de terre d'un régime pauvre en calories à
condition de limiter les autres sources de féculents dans le repas et de
choisir les modes de cuisson adaptés (Cf. tableau ci-dessous).
| Les diététiciens comme Pascal Nourtier incluent "la pomme de terre dans tous les régimes. Elle peut être consommée une à trois fois par semaine en complément d'autres féculents dont la consommation quotidienne est nécessaire." |
Mais de nombreux efforts restent à fournir pour instaurer une saine
confiance, atténuer les effets récurrents dus à une réputation bien ancrée
dans l'imaginaire populaire et faire que le tubercule devienne un élément
nutritionnel à part entière, essentiel pour la santé et l'équilibre
alimentaire.
Juin 2007
|
|
