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Concours Créativité
  • TERROIR : Bonnotte, petit trésor de Noirmoutier

Elle est petite, elle est ronde, elle est savoureuse : la bonnotte de Noirmoutier fait partie de ces pommes de terre qui font la renommée d'un terroir. De sa disparition à sa renaissance, la bonnotte a traversé le vingtième siècle avec prestance.

A Noirmoutier-en-l'Ile, les maisons blanches aux toits en tuiles s'alignent en rangs serrés. La frontière entre le village et l'étendue des marais salants est marquée par un cours d'eau et par un petit port qui abrite presque exclusivement des bateaux de plaisance. Le vent souffle fort sous le soleil : l'île bénéficie d'un micro-climat exceptionnel. Dans les petites rues tranquilles du centre, près du château, les gens vont et viennent.
Noirmoutier est une petite île : 43 km2 pour 10 500 habitants environ.La belle saison venue, le nombre de touristes est impressionnant.Pourtant, le tourisme est loin d'être la seule ressource économique de l'île.

Pour le constater, il faut sortir du village. Là commencent les champs de pommes de terre. Des agriculteurs ramassent leur production. Ils chargent des pommes de terre dans des caisses qu'ils entreposent ensuite dans une remorque. Puis ils prennent le volant de leur tracteur et s'en vont en direction de la coopérative agricole. Là-bas, après un passage sur le pont à bascule, ils vont décharger les caisses de pommes de terre. Dans leur remorque, ils ont chargé un véritable trésor : la bonnotte de Noirmoutier.

La bonnotte ? C'est cette petite pomme de terre primeur au goût unique qui avait atteint le prix record de 3 000 F le kilo lors d'une vente aux enchères à l'Hôtel Drouot au milieu des années 90. Les bénéfices de la vente avaient été reversés à l'association des Restos du coeur. La bonnotte de Noirmoutier est un trésor pour les agriculteurs de l'île.

CRÉÉE PAR VIRACOCHA
Mais d'où vient-elle ? Des histoires circulent à son sujet. Certains disent qu'elle aurait été créée par Viracocha, le dieu des Incas, et ensuite rapportée en Europe par les conquistadors espagnols. Mais pour d'autres, ce serait un Normand anonyme amoureux de la pomme de terre qui l'aurait inventée et aurait ensuite gardé le secret de sa conception. Voilà pour la légende.
La vraie histoire, on s'en doute, est beaucoup plus simple. Originaire de Barfleur, cette petite pomme de terre ronde s'est implantée sur l'île entre les deux guerres. A l'époque, on l'appelle "bounotte", "bonnette" ou "bonnet". Elle trouve rapidement son nom actuel de "bonnotte". Dès 1938, elle est connue un peu partout en France.

Mais vers 1960, la mécanisation débute et très vite un problème se pose. La bonnotte est petite, fragile : il faut la ramasser à la main. Pas rentable, donc. "La bonnotte a été complètement abandonnée dans le courant des années 60. Elle n'était pas adaptée aux besoins du marché. Elle a même été interdite par la coopérative !", raconte Gérard Semelin, directeur de la coopérative agricole de Noirmoutier. La bonnotte n'est alors plus cultivée que dans quelques jardins de l'île...

LE RETOUR DE LA BONNOTTE
"La bonnotte a une valeur patrimoniale très forte et, à cette époque, personne ne semble s'en être rendu compte !", s'étonne encore Gérard Semelin. La prise de conscience de cette valeur patrimoniale n'est venue que bien plus tard. Près de trente ans après sa disparition, la coopérative agricole décide de s'adresser à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) pour redonner vie à la précieuse variété de pomme de terre. "L'Inra a procédé comme pour la culture in vitro et a réussi à régénérer la variété."

Un résultat remarquable. Pourtant, le travail de l'Inra a sans doute été facilité par les qualités de la bonnotte. En effet, cette variété de pomme de terre reste très solide face à la dégénérescence. "Pour qu'une variété de pomme de terre reste en vie, il faut qu'elle ait de bonnes qualités intrinsèques et c'est le cas de la bonnotte", continue Gérard Semelin.

En attendant, la réussite est totale. Tant sur le plan de la saveur du produit que sur celui de sa réussite économique. La bonnotte revient sur le marché à partir de 1995 et sert d'emblée de produit d'appel pour la coopérative agricole, même si elle ne représente que moins de 1 % de son activité. Sur 550 hectares de l'île produisant 13 000 tonnes annuelles de pommes de terre, la bonnotte n'occupe que 5 hectares !

A partir de 1997, un partenariat est établi avec les magasins Monoprix pour vendre la bonnotte partout en France, le premier weekend de mai. La récolte de la bonnotte lance la campagne de commercialisation des pommes de terre primeurs sur Noirmoutier. En plus, la bonnotte se trouve sur la carte de nombreux restaurants bien cotés, notamment à Paris.

LA COOPÉRATIVE : UN OUTIL ESSENTIEL
Mais la bonnotte ne serait jamais réapparue dans les assiettes des fins gourmets si la coopérative de Noirmoutier n'avait pas été créée. Entre les deux guerres, l'agriculture de l'île de Noirmoutier était de type polyculture élevage. Les exploitations comprenaient souvent un marais salant en plus. La création de cette coopérative (et donc le regroupement des agriculteurs) n'est venue qu'après-guerre, sous l'impulsion du Crédit Agricole et de la direction départementale de l'agriculture. Aujourd'hui, la coopérative agricole de Noirmoutier regroupe 95 % de la production de l'île.

Son but ? Concentrer l'offre pour pouvoir mieux faire face aux opérateurs de marché. La coopérative de Noirmoutier homogénéise la production, fédère les initiatives, et permet à la production îlienne de bénéficier d'actions de promotion et de développement des produits, comme pour la bonnotte. En outre, la coopérative impose un cahier des charges précis qui encadre la production et reste la meilleure garantie pour commercialiser ensuite un produit d'exception.

La coopérative agricole de Noirmoutier dispose d'une station de conditionnement répondant aux normes européennes. Elle peut traiter jusqu'à 400 tonnes de pommes de terre par jour. En moyenne, la station en conditionne entre 200 et 300 tonnes durant la période de récolte. "La coopérative compte 19 permanents et une trentaine de saisonniers en période de récolte", rappelle Gérard Semelin. Parmi les variétés de pommes de terre traitées par la coopérative, on trouve la bonnotte, donc, mais aussi Sirtema, Aminca, Lady Christ'l ou Charlotte.

Dans la coopérative, en période de récolte, les tracteurs vont et viennent avec leur chargement. Les pommes de terre sont déchargées et lavées. Vient ensuite la phase du triage et du calibrage : les pommes de terre sont triées en fonction de leur taille et celles qui sont en mauvais état sont mises de côté. Enfin, avant le conditionnement, les pommes de terre sont triées une dernière fois manuellement. La coopérative possède un stockage réfrigéré de 500 m2 pour la préparation des commandes.

RÉCOLTE À LA MAIN
Mais pour arriver dans les magasins, il faut d'abord produire. Les agriculteurs de Noirmoutier qui adhèrent à la coopérative produisent tous un peu de bonnotte, à raison de 1 000 à 2 000 m2 par exploitant. Soit 5 hectares environ. C'est une des conditions que pose la coopérative.

Les exploitants plantent et récoltent la bonnotte à la main, de façon artisanale, pour ne pas abîmer le plant. C'est aussi une pomme de terre primeur : elle est récoltée avant maturité,ce qui lui donne un aspect pelucheux. La bonnotte est un produit frais avec tout ce que cela implique : elle doit être consommée dans les cinq jours après sa récolte.

ENRICHIE AU GOÉMON
Sa culture obéit à un rituel très strict. La bonnotte surtout, a un petit plus qui fait la particularité de Noirmoutier : la terre est enrichie avec du goémon ! "On ajoute systématiquement du goémon, ça donne un goût particulier à la pomme de terre et c'est un très bon engrais. Le goémon est ramassé sur les plages directement par les producteurs. Après, ça dépend de la marée et du temps qu'il fait", explique David, installé en Gaec à L'Herbaudière, au nord de l'île. David produit 2,5 tonnes de bonnotte par an. Enfin d'habitude, parce que cette année est un peu moins bonne : "Il y a eu du gel !"
La bonnotte est traditionnellement plantée à la Chandeleur, le 2 février. Elle est récoltée 90 jours plus tard pour être mise en vente le premier week-end de mai. Pourquoi à la Chandeleur ? Autrefois, les paysans de Noirmoutier avaient noté qu'en plantant le 2 février, les risques de gel pendant les 90 jours à suivre étaient minimes. La tradition est restée. Et depuis le retour de la petite pomme de terre en 1995, une fête de la bonnotte est organisée chaque année au moment de sa mise en vente.

Incroyable mais vrai : non contente de fédérer les habitants de Noirmoutier autour d'un produit de terroir, la culture de la bonnotte est aujourd'hui devenue un véritable produit touristique.

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