Quatre membres de l'association Tia se sont rendus au Pérou d'où sont originaires les premières variétés de pomme de terre.
Certains passent leurs vacances sur un transat. D'autres les mettent à profit pour mener des projets ambitieux. C'est le cas de Laurent Fleutry, Pascal Meyer, Nicolas Arnaldi-Martin et Aurélien Fort. Du 30 juillet au 24 août 2004, les quatre hommes (trois ingénieurs agronomes et un informaticien) se sont rendus au Pérou où sont apparues les premières pommes de terre. "Nous nous sommes intéressés aux aspects agronomiques mais aussi économiques, gastronomiques, culturels, sociaux… Ce fut une expérience extrêmement enrichissante que nous comptons désormais exploiter et faire partager", explique Laurent Fleutry, le président de l'association Tia qui chapeaute ce projet. Ce voyage a été construit en étroite collaboration avec le Centre International de la Pomme de terre de Lima (capitale du Pérou).
Laurent Fleutry, Pascal Meyer, Nicolas Arnaldi-Martin et Aurélien Fort, membres de l'association Tia.
Dès leur arrivée, les quatre hommes sont allés au CIP. Ils ont découvert le travail effectué par les chercheurs pour maintenir la biodiversité des pommes de terre : "Les Andes comptabilisent plus de 4 000 variétés de patates natives auxquelles il faut rajouter toutes les variétés sylvestres, hybrides et améliorées. Les pommes de terre natives, celles des hauts plateaux appelés Altiplano, ont des formes étonnantes et des couleurs très variées : blanche, jaune, bleu, violette, noire…", détaille Laurent Fleutry. Chaque village cultive plusieurs centaines de variétés (qui sont souvent conservées dans une banque de données communale) et en échange certaines avec des villages voisins ou situés dans un autre pays de la Cordillère des Andes. "Les échanges sont constants depuis des siècles", souligne Laurent Fleutry. Dans les basses vallées, les variétés natives ont laissé place depuis la Révolution agricole des années 70, à des variétés nouvelles, plus productives, mieux calibrées.
Les marchés révèlent l'étendue des variétés de pommes de terre dans les Andes et sa place dans l'alimentation.
RITES ET LÉGENDES
Un grand nombre des
pommes de terre natives sont conservées dans des champs expérimentaux gérés
par une station du CIP, à Huancayo. Les quatre français ont donc rejoint
cette petite ville de l'Altiplano située à 3 350 m d'altitude. De là, ils ont
visité plusieurs villages dont San Jose de Aymara, la Libertad. "Nous
n'avons pas pu assister à la récolte des pommes de terre qui était
finie." Les quatre compères ont également pu goûter les pommes de terre
andines qui se distinguent, outre leurs formes et couleurs, par un taux de
matière sèche très important (28%) qui les rend farineuses. "Elles
constituent la base de l'alimentation dans ces régions. Elles sont en effet
pratiquement les seules à pousser sur ces hauts plateaux. Les paysans les
cuisent à la vapeur, à l'étouffé… Elles ont véritablement beaucoup de
saveur", décrit le président de Tia. Ensuite, les quatre hommes ont mis
le cap sur Cuzco. Ils y ont rencontré des universitaires spécialistes des
aspects sociaux et culturels de la pomme de terre. "Nous avons discuté
des multiples rites qui accompagnent la culture des patates. Comme la T'Inka,
une cérémonie où les gens implorent la terre et les dieux des
montagnes (les Apus) pour qu'ils leur donnent une bonne
récolte. Il y a aussi la Pachamanca : cette fête se déroule à la fin
des récoltes. A cette occasion, les paysans creusent un trou dans la terre et
y mettent des aliments ainsi que des pierres chaudes. Ils protègent
le tout de feuilles et recouvrent de terre. Ils laissent cuire 3-4
heures", raconte Laurent Fleutry. Depuis des siècles, les paysans
prêtent aussi des vertus médicales aux pommes de terre : lutte contre la
fièvre, éveil des gens évanouis, lutte contre les ulcères…"La papa negra
est notamment consommée avec de l'argile pour lutter contre les brûlures
d'estomac", illustre Laurent Fleutry.
De Cuzco, les Français ont pris la route vers le Parque de la papa puis du lac Titicaca " qui serait précisément la zone d'origine de la pomme de terre. Là-bas, la biodiversité est impressionnante." Au bout de quatre semaines, les quatre hommes ont plié bagages et retrouvé la France. Chacun d'entre eux a retrouvé son poste. En parallèle, ils exploitent désormais leur fabuleux voyage financé par Germicopa, Pom'Alliance et une entreprise de machinisme agricole ICS Agri. "Nous voulons tout d'abord participer à la semaine de la science à Montpellier. Nous aurons un stand et présenterons cinq panneaux sur Tia, notre voyage, l'histoire de la pomme de terre…", annonce Laurent Fleutry. D'autres interventions sont prévues, notamment dans un collège.
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LES VARIETES APPARENTEES |
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On recense principalement 3 tubercules (Mashua, Oca et Ulluco) et 3 racines (Camote, Maca et Yacon). |
| MASHUA Il a une bonne résistance naturelle aux maladies et ravageurs. Il préfère les champs situés en altitude et se plait entre 3700 et 4000 m. Les rendements sont importants et peuvent aller jusqu'à 80T/Ha. |
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OCA |
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ULLUCO |
| MACA Cette racine supporte très bien les conditions extrêmes. Elles pousse au delà de 4000 m d'altitude. Elle est riche en protéines, en tanins et alcaloïdes. Elle est connue pour ses propriétés énergisantes, anti-stress et pour améliorer la fertilité. |
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YACÒN |
| EL PARQUE DE LA PAPA, CONSERVATOIRE EN PAYS QUECHUA |
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Le Parc de la pomme de terre (Parque de la papa) a été créé en 1997 par six communautés quechuas habitant sur l'Altiplano (au sud de la Vallée sacrée des Incas) avec le soutien du Centre international de la pomme de terre de Lima, d'ONG, de fondations… |
D'une superficie totale de 8 600 hectares, ce parc devrait à terme rassembler toutes les variétés de pommes de terre connues de part le monde. Il entend aussi communiquer sur les méthodes de culture de ces "papas", les usages médicaux, les croyances…
Parallèlement, le parc veut réintroduire les essences locales d'arbres qui ont été remplacés par des eucalyptus, à la croissance plus rapide. Dans un second temps, le parc espère développer l'agrotourisme et mettre en valeur les nombreux sites archéologiques locaux. Avec ce projet unique au Pérou, les communautés quechuas entendent aussi prendre en main leur avenir et valoriser leur culture.
| L'APPETIT DE RENCONTRE DE L'ASSOCIATION TIA |
Terra incognita australis (Tia) a été créée en 1999 par des étudiants venant d'horizons divers mais tous attirés par la découverte du monde, de ses cultures, de ses populations. Cette association présidée par Laurent Fleutry soutient des projets thématiques - voyage d'études, stage, échange culturel… - en apportant un financement (partenaires privés) et un appui logistique et technique. En 2000, une petite équipe s'est envolée pour l'Australie. L'objectif était de réaliser une étude sur la gestion des parcs nationaux de la région du Nord Queensland. Ce voyage d'un mois s'est prolongé pour chacun des membres par des stages dans des parcs nationaux. Un an plus tard, une nouvelle équipe s'est rendue… en Australie. Cette fois, elle a planché sur la filière viti-vinicole dans les Etats d'Australie méridoniale et de Victoria. Le séjour au Pérou constitue le dernier projet de cette association basée à Montpellier.
Pour plus d'infos sur l'association Tia, cliquez ici :
http://www.association-tia.org
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