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  • D'hier à aujourd'hui : La "truffe" devenue patate !

UN LÉGUME MILLÉNAIRE À L'HISTOIRE FABULEUSE
Qui n'a pas appris, sur les bancs de l'école, la ruse de l'agronome Antoine-Augustin Parmentier pour faire accepter la pomme de terre à des Français méfiants ? C'était en 1787, à une époque où les campagnes de notre pays affrontaient disette sur disette. Cet homme aurait fait garder par des militaires un champ à Neuilly-sur-Seine où des pommes de terre étaient cultivées. Cela attisa l'étonnement des incrédules. Mais la nuit, les gardes quittaient leur poste, laissant la place libre aux
curieux devenus maraudeurs…

Coupant net à cette belle légende, Michel Chauvet, ethnobotaniste à l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), explique : "Cette expérience n'était ni unique ni publicitaire. Il s'agissait de toute une série d'expérimentations qui ont porté sur les méthodes de culture de la pomme de terre, le choix des variétés, leur multiplication…"

L'idée de promouvoir ce tubercule est venue à Parmentier lors de sa captivité en Prusse. "Il avait pu survivre grâce à une bouillie de pomme de terre", signale Christian Saber, responsable du service développement du GNIS (Groupement National Inter-professionnel des Semences et Plants. "On peut dire que la Révolution en a fait un saint laïc, poursuit Michel Chauvet, en grossissant son rôle dans la diffusion de la pomme de terre, mais en occultant le reste de son oeuvre sur la culture du maïs, l'extraction du sucre de raisin ou la boulangerie. Par exemple, sa grande idée de faire du pain de pomme de terre s'est révélée un échec, le tubercule ne contenant pas de gluten."

Une autre façon de refaire l'histoire est d'attribuer la "découverte" de la pomme de terre au conquistador espagnol Gonzalo Jimenez de Quesada qui avait trouvé ce que l'on appelait encore des "truffes" dans un village de Colombie, en 1537. C'est oublier un peu vite les millénaires de culture de ce féculent dans les hautes vallées des Andes, en Amérique du sud. On estime en effet que la pomme de terre a été domestiquée entre 5 000 et 2 000 avant J.C. dans les hauts plateaux du lac Titicaca, au Pérou et en Bolivie actuels.

"Les Amérindiens, Quechuas et Aymaras, ont d'ailleurs domestiqué pas moins de sept espèces botaniques de pommes de terre", explique le spécialiste. Leurs tubercules étaient souvent riches en substances indigestes qui les protégeaient du froid nocturne des hauts plateaux. Les paysans ont inventé des procédés élaborés de séchage, lavage et fermentation pour les rendre comestibles et les conserver. La pomme de terre actuelle est un hybride entre deux espèces andines.

Malgré cela, le tubercule mettra longtemps à se diffuser en Europe. Les premières variétés devaient être âcres et peu adaptées au climat. C'est au XIXe siècle que la pomme de terre prit une importance considérable dans toute l'Europe, au point d'entrer tristement dans l'histoire quand une maladie, le mildiou, a entrainé la mort de faim d'un million d'Irlandais en 1846-47 tandis qu'un autre million prenait le chemin de l'exode vers les Etats-Unis.

TOUS LES GOÛTS SONT DANS LA NATURE… EUROPÉENNE
"Ce n'est pas très facile d'être une pomme de terre en Suède, s'exclame Philippe Plöninge jardinier contremaître aux jardins de Stockholm. Elle souffre de trop d'azote, ce qui lui donne un goût d'eau, de transports malencontreux et du manque de savoir-faire des chaînes de distribution." Dans ce pays scandinave, la pomme de terre a des usages très variés. Depuis 1750, les Suédois l'apprécient mijotée en cuisine. comme distillée en alcool ! Aujourd'hui, il existe 1,5 million de jardiniers amateurs qui cultivent ce tubercule. Ce chiffre comprend les "sans-jardins", autrement dit les habitants d'appartement qui cultivent ce légume sur leur balcon !

En Italie, "le jardin individuel est beaucoup moins développé qu'en France", précise Alberto Ortu, représentant d'une société sarde de commercialisation. Mais avec la crise que connaît le pays, les Italiens se mettent à cultiver leur lopin de terre. Dans un marché qui privilégie traditionnellement le rendement à la qualité, les habitudes peuvent changer. Les consommateurs sont davantage à la recherche d'un goût savoureux.

En Belgique, le pays aux deux cultures, le biculturalisme se retrouve également dans l'attitude des consommateurs face à la pomme de terre. Selon Pierre Emond, gérant d'une société de production et de sélection de plants, la Flandre préfère les tubercules à chair tendre pour mieux les écraser, tandis que la Wallonie privilégie les variétés à chair ferme, comme la Charlotte. Et dans tout le pays, l'exigence est la même : il faut des variétés à frites. Aujourd'hui, la production de plants destinés au jardin atteint environ 700 tonnes de pommes de terre, toutes variétés confondues.

Chez les Grands-bretons, la tendance est à la baisse pour le marché de la pomme de terre au jardin. Il représente environ 10 000 tonnes de plants par an, selon Steve Crane, responsable semence d'une importante société. Parmi les 150 variétés vendues par catalogue, les variétés britanniques sont les mieux placées. Deux d'entre elles ont plus de 30 ans d'existence. Les semences sont à 90 % d'origine écossaise, à 5 % d'origine anglaise, le reste se partageant entre la France et la Hollande.

Nos voisins européens s'accordent à dire que les plants français répondent aux exigences de qualité des consommateurs de leur pays. Pour le Suédois, "les plants français ont les meilleures chances au monde de gagner une bonne place sur notre marché. Cela permettrait aux anciens de redécouvrir le goût de la bonne pomme de terre de leur enfance et aux plus jeunes, qui lui préfèrent les pâtes et le riz, de la découvrir."

En Belgique et en Italie, le plant français, avec sa quinzaine de variétés potagères à chair ferme, est également prometteur. "Les produits français répondent mieux aux objectifs qualitatifs que la pomme de terre hollandaise, par exemple. Enfin, l'acheteur pourrait être satisfait". Même en Grande-Bretagne, malgré tout, on reconnaît des françaises, notamment dans les pommes de terre à salades : Charlotte, Ratte et autre Belle de Fontenay. Qui a dit que les Anglais boycottaient nos produits ?




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