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Concours Créativité
  • TERROIR : la perle de l'île de Batz


Dès la fin du mois d'avril, les pommes de terre
primeurs de l'île de Batz sont commercialisées.
Elles sont cultivées par 27 producteurs dont
11 en agriculture biologique.


Jean Prigent, 70 ans, a vendu une petite partie de ses terres à
Bénédicte Menon, 31 ans.



Les dernières plantations de pommes de terre primeurs viennent de s'achever sur l'île de Batz. "Elles ont commencé vers le 15 janvier dans les parcelles qui sont les mieux abritées des vents de nord. Elles s'étalent donc sur deux mois au total", précise Bénédicte Menon, agricultrice biologique. Dix autres exploitations se sont converties à l'agriculture biologique sur les 28 que compte l'île de Batz. Sur près de 90 hectares, elles cultivent des carottes, des choux-fleurs, du fenouil, des échalotes… et surtout des pommes de terre primeurs. "C'est véritablement la spécialité de notre île, affirme fièrement Jean Prigent, agriculteur biologique à la retraite. Nos pommes de terre sont les premières arrivées sur les marchés et les étals des supermarchés de France et de Navarre. Elles ont trois semaines d'avance sur toutes les autres."

Les conditions climatiques qui règnent sur l'île nord-finistérienne favorisent cette précocité. D'après les habitants, le thermomètre affiche 4 ou 5 degrés de plus qu'à Morlaix, 2 ou 3 de plus qu'à Saint-Pol-de-Léon. Le Gulf Stream qui passe à proximité de l'île expliquerait cette différence de température. "Par ailleurs, nos sols ne sont absolument pas caillouteux. Ils sont au contraire sablonneux et légers, ils se réchauffent donc très vite et sont faciles à travailler. Ils conviennent parfaitement à la culture des pommes de terre", complète Bénédicte Menon. Les îliens ne relèvent qu'un seul inconvénient : la permanence des vents. "Enfin, nous avons planté plus de 20 km de haies dans les années 80 pour contrer ce problème et abriter nos cultures. Moi, j'en ai planté 2 km à cette époque", ajoute Jean Prigent.


APPORT DE GOÉMON


La petite taille des parcelles est une autre particularité de l'île de Batz : les champs mesurent en moyenne 30 ares et la surface maximum n'excède pas 2 hectares. "Mon mari et moi cultivons 8,5 hectares sur 35 parcelles", confie Bénédicte Menon. "Quant à moi, je possédais 9 hectares répartis sur 15 parcelles", précise le dynamique septuagénaire. La dispersion des parcelles complique donc la plantation, l'entretien et la récolte. "Cela nous prend davantage de temps et nécessite beaucoup de main d'œuvre. Néanmoins, nous tenons tout de même à planter et à récolter manuellement nos pommes de terre. Comme les anciens", affirme la jeune agricultrice. Les pratiques d'amendement n'ont pas beaucoup changé non plus : les agriculteurs, qu'ils soient biologiques ou conventionnels répandent toujours du goémon en avril puis en automne afin de garder l'humidité du sol et surtout d'apporter de la potasse dont sont très friands les choux-fleurs et les pommes de terre.

Les pratiques d'amendement n'ont pas beaucoup changé non plus : les agriculteurs, qu'ils soient biologiques ou
conventionnels, répandent
toujours du goémon en avril puis en automne.

Les agriculteurs apportent aussi des engrais biologiques, du fumier de bovin ou de cheval composté. Les pommes de terre primeurs sont essentiellement des Ostara. "C'est la meilleure pomme de terre car elle résiste très bien aux maladies, au gel et au vent, estime Bénédicte Menon. Sa chair est ferme, légèrement sucrée et sa couleur plutôt jaune." La Starlette est également cultivée en primeur. Ces pommes de terre sont récoltées manuellement du 15 avril à la fin du mois de juin. Les agriculteurs biologiques plantent aussi des variétés tardives comme la Charlotte, la Nicolas, la Juliette, la Justine… qu'ils récoltent durant l'été. Au total, ils ramassent plus de 1 500 tonnes qui sont acheminées quotidiennement sur le continent via la barge François-André.




UNE POMME DE TERRE TRÈS ATTENDUE

En cageots ou en petits sacs de 1,5 kg, la pomme de terre biologique primeur de l'île de Batz prend le chemin des grandes surfaces et magasins spécialisés de France mais aussi d'Europe.

Cinq agriculteurs biologiques de l'île de Batz vendent leur production à l'Armorique maraîchère, une entreprise basée à Taulé. "Chaque jour, un ou deux camions vont chercher au débarcadère de l'île leurs légumes - choux-fleurs, fenouil, carottes, échalotes, choux raves, oignons rosés, céleris boules… - et leurs pommes de terre", explique François Le Lagadec, le directeur de l'Armorique maraîchère.

Les pommes de terre sont conditionnées sous la marque Biomas dans des cageots de 14-15 kg ou dans des petits sacs de 1,5 kg. Les cageots sont expédiés dans les grandes surfaces, les magasins biologiques du Grand Ouest "ainsi que dans les zones de montagne. On s'aperçoit en effet que ces régions achètent facilement des grandes quantités de pommes de terre non lavées. Elles sont non lavées car elles se conservent ainsi beaucoup mieux", précise François Le Lagadec.
Les petits sacs de 1,5 kg sont aussi vendus dans les grandes surfaces et les magasins biologiques mais dans la France entière. "Ils marchent très très bien en région parisienne", glisse le directeur de l'Armorique maraîchère. Les sacs Biomas prennent aussi le chemin de l'étranger : Allemagne, Angleterre, Belgique, Luxembourg, Pays scandinaves… Ces pommes de terre primeurs ne sont pas lavées non plus mais juste brossées. Au dos des sacs, quelques indications sont données sur l'agriculture biologique, l'île de Batz "réputée pour son climat exceptionnellement doux" et sur les qualités nutritives exceptionnelles de la pomme de terre.

Ainsi, le consommateur apprend que "sa digestion est aisée car elle contient de l'amidon très facilement assimilable (…) Elles sont également riches en fer et vitamine C, magnésium et potassium." Les pommes de terre primeurs de l'île nord finistérienne sont aussi très appréciées des restaurateurs français et étrangers. "Elles ont en effet un petit goût de noisette et une certaine fraîcheur qui séduisent bien des gastronomes", constate François Le Lagadec. Autre particularité de ce tubercule cultivé au bord de mer : il se consomme très rapidement. Ses qualités s'estompent en effet au bout d'une dizaine de jours.


En agriculture biologique, le cheval de trait est encore parfois
utilisé pour travailler la terre.

Une île dynamique
Séparée de Roscoff par un chenal de 2,5 km, l'île de Batz compte 575 habitants.
Elle se situe donc dans la moyenne des îles bretonnes. Elle se distingue en revanche par sa population relativement jeune (50% de moins de 40 ans) et surtout par son dynamisme économique. Elle compte en effet 28 exploitations agricoles qui se partagent 180 hectares.

Grâce à la barge François-André, elles peuvent quotidiennement envoyer sur le continent leurs pommes de terre primeurs et leurs légumes. Par ailleurs, la pêche côtière est pratiquée par une trentaine de professionnels sur des bateaux de taille modeste. Mais l'activité économique essentielle de l'île de Batz est le tourisme. Chaque été, des milliers de touristes viennent passer une ou plusieurs journées sur cette île de 305 hectares aux paysages enchanteurs.

Ils permettent de faire vivre de nombreux îliens : restaurateurs, hôteliers, loueurs de vélos, propriétaires de gîtes et chambres d'hôtes… Ils peuvent aussi faire des balades en mer et à cheval et, visiter le phare construit en 1836 et le Jardin exotique Georges Delaselle.
Enfin, à noter que trois compagnies de vedettes assurent le trafic passagers : la Compagnie finistérienne de transport maritime, Armein et Armor excursions.

Pour Bénédicte Menon,
"L'Ostara est la meilleure pomme de terre car elle
résiste très bien aux
maladies, au gel et aux
vents. Sa chair est ferme, légèrement sucrée et sa
couleur plutôt jaune."



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