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  • Recherche : la longue histoire d'une variété
La patience est incontestablement la meilleure arme du créateur variétal. Avant de créer une pomme de terre susceptible d'être commercialisée, il doit en effet effectuer des centaines de croisements, planter des milliers de tubercules, réaliser des batteries de tests... et cela durant une bonne dizaine d'années. Ensuite les commerciaux prennent le relais des chercheurs pour faire connaître cette variété aux consommateurs. 

“On considère que ce développement commercial dure, lui aussi, dix ans”, souligne Eric Bonnel, directeur de la recherche chez Germicopa. “Notre entreprise investit chaque année près de 800 000 euros en recherche et 1,3 million en marketing

Avant la mise en œuvre d'un quelconque croisement entre variétés de pommes de terre, Germicopa étudie les attentes du marché. "Nous cherchons à créer des variétés pour des clients extrêmement différents : les industriels, les consommateurs, les agriculteurs", liste Eric Bonnel. Les premiers exigent des variétés destinées à être transformées en fécules, chips et frites ; les seconds veulent de "belles" pommes de terre à chair ferme ; les troisièmes attendent un rendement important et une bonne résistance aux maladies... Au total, Germicopa a recensé huit types distincts attendus par ses clients : chair ferme, primeur, rustique, fécule, frite... L'entreprise cherche donc à créer des variétés pour chacun de ces types. Et la façon de procéder est systématiquement la même.
Tout d'abord, l'équipe de chercheurs de Germicopa recense les variétés qui comportent les caractères recherchés dans sa "banque de données génétiques" personnelle ou dans celle mise à sa disposition par l'Institut National de Recherche Agronomique de Ploudaniel. "Nous planifions ensuite 1 400 croisements. Près de 800 seront effectivement réalisés et 500 réussiront", indique Eric Bonnel.

Mildiou, ennemi numéro 1

L'opération de croisement consiste à féconder manuellement une fleur femelle avec une fleur mâle issue d'un autre plant. "C'est en quelque sorte un mariage arrangé." L'année suivante, les techniciens de Germicopa récoltent les baies issues de ces premiers croisements et les mettent au réfrigérateur quelques mois. Ils extraient ensuite les graines de ces baies. Plus de 35 000 graines sont alors plantées dans des serres. La première récolte de tubercules intervient l'année suivante. Les techniciens ne conservent qu'un seul tubercule pour chaque plant qu'ils mettent dans un filet avec les tubercules de la même famille (issus de la même baie). Ils s'assurent alors que les caractéristiques de ces tubercules - taille, forme, couleur... - sont conformes à celles qu'ils attendent. Si ce n'est pas le cas, ils éliminent ces familles. La troisième année, les tubercules sont plantés. "Les techniciens observent alors la croissance, la vigueur des plantes... Et bien entendu, ils examinent toujours leur calibre, leur couleur... lorsqu'elles sont récoltées. Chaque année, nous ne retenons que 15 à 20% des variétés de l'année précédente."

A partir de la quatrième année, les chercheurs et techniciens commencent aussi à tester la résistance des tubercules à une dizaine de maladies. Le mildiou figure bien entendu parmi ces tests car il demeure l'ennemi numéro 1 des pommes de terre. "Pour l'instant, aucune variété n'est absolument résistante à ce champignon. Certaines sont uniquement plus tolérantes, c'est-à-dire que le mildiou s'y développe bien moins vite", précise Eric Bonnel. Parallèlement, Germicopa mesure la teneur en matière sèche, l'aptitude à la friture...
Enfin, des tests culinaires et gustatifs sont programmés.

Éric Bonnel dirige le département Recherche
de Germicopa qui comprend une dizaine
de personnes.

 "Au bout de neuf ou dix ans de culture, il ne reste plus qu'une quinzaine de variétés qui présentent les caractères dominants recherchés." Eric Bonnel.


Protéger des contrefaçons

"Au bout de neuf ou dix ans de culture, il ne reste plus qu'une quinzaine de variétés qui présentent les caractères dominants recherchés", reprend Eric Bonnel. Cinq ou six sont présentées au comité de développement de Germicopa qui est constitué de chercheurs, de commerciaux, de techniciens de la production... Ils ne retiendront qu'une ou deux variétés en tenant compte de critères gustatifs et agronomiques mais aussi commerciaux. Une pomme de terre peut en effet être écartée par le comité de développement si ses membres estiment que le marché n'est pas prêt.
C'est précisément ce qui s'est passé pour Amandine. Alors qu'elle présentait de multiples avantages, elle a été remisée dans les cartons car Charlotte - pomme de terre mise sur le marché en 1981 - était en plein développement. Quelques années plus tard, en 1994, Germicopa a décidé de lancer Amandine car les consommateurs recherchaient alors des pommes de terre à la peau fine, précoces ...

La fécondation est réalisée manuellement entre une fleur femelle et une fleur mâle issue d'un autre plant.


Germicopa suit l'évolution des biotechnologies


“Depuis 1985, Germicopa participe à divers programmes de biotechnologies aux côtés d'organismes de recherche. Pour autant, l'entreprise quimpéroise n'envisage pas de créer et commercialiser des pommes de terre génétiquement modifiées. "Nous estimons qu'il existe trois freins majeurs à ce développement”, souligne Eric Bonnel, directeur de la recherche chez Germicopa.

“Tout d'abord, nous n'avons jamais vu d'application pertinente dans notre secteur. Ensuite, les gènes étant brevetés, le développement d'une variété modifiée coûterait excessivement cher. Enfin, Germicopa estime que les consommateurs ne sont pas encore prêts à acheter des variétés OGM.”
La diversité génétique naturelle suffit amplement pour le moment", conclut le chercheur. Toutefois, il reconnaît que le recours aux biotechnologies permet d'augmenter considérablement la résistance des pommes de terre aux insectes.
Germicopa garde donc un œil attentif sur toutes ces recherches.


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